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Cinéma Le Buxy, Centre commercial Val d'Yerres, 91800 Boussy-Saint-Antoine

Cinéma classé Art et Essai / Parking gratuit et surveillé.

LES NUITS DE MASHHAD (vostfr)

Ali Abbasi est un réalisateur né en Iran mais qui n’a jamais tourné dans son pays d’origine. En effet, après avoir étudié à l’Université Polytechnique de Téhéran jusqu’en 2002, il a émigré en Europe. La Suède d’abord, où il a étudié l’architecture, puis le Danemark où il a suivi une formation de réalisateur à l’École nationale de cinéma du Danemark de Copenhague et dont il a pris la nationalité. Après Shelley, puis Border, prix un Certain Regard de Cannes 2018, deux longs métrages flirtant avec le fantastique, Ali Abbasi est en quelque sorte revenu vers son pays pour nous raconter à sa façon un fait-divers qui s’était déroulé alors qu’il vivait encore en Iran et qui l’avait profondément marqué. Après avoir envisagé de tourner son film en Iran, puis en Turquie, les régimes politiques de ces 2 pays, la corruption qui y règne, l’ont incité à se tourner plutôt vers la Jordanie, et, plus particulièrement, la ville de Amman. Il y a un peu plus d’un mois, Les nuits de Mashhad était partie prenante dans la compétition cannoise et la comédienne Zar Amir Ebrahimi s’est vue décerner le prix d’interprétation féminine.

L’histoire que nous raconte Ali Abbasi est très largement inspirée par des faits réels qui se sont déroulés à Moshhad entre 2000 et 2001 et qui ont conduit au procès du tueur en série. Le véritable Saeed, Saeed Hanaei, 39 ans au moment des faits, a réalisé son premier crime le 7 août 2000 et son dernier, le 16ème, environ un an plus tard. Sa façon de procéder, consistant à attirer ses victimes dans sa toile en les emmenant chez lui dans le but des les étrangler avec leurs foulards, lui a valu d’être comparé à une araignée, d’où le titre original du film, Holy spider, « araignée sainte ». L’origine de sa folie meurtrière serait venue du fait que son épouse avait été prise pour une prostituée par un camionneur. L’histoire de Saeed Hanaei avait déjà été l’objet de deux films, And Along Came a Spider, un documentaire TV de Maziar Bahari en 2003, et Killer spider, un film de fiction de Ebrahim Irajzad, en 2020.

Par rapport à la réalité des faits, la différence la plus importante réside dans la présence de Rahimi, la journaliste venue de Téhéran pour enquêter, personnage inventé de toute pièce par Ali Abbasi et son coscénariste. Ce personnage a permis au réalisateur d’élargir son propos, de passer de l’histoire d’un « loup solitaire » à une peinture plus générale de la misogynie endémique qui règne en Iran, sans qu’on sache vraiment si elle est surtout religieuse, politique ou culturelle. Peu intéressé au départ par ce fait divers, un tueur en série de plus dans un pays qui ne connait que trop bien ce phénomène, Ali Abbasi l’est devenu lorsque Saeed est devenu une sorte de héros pour une partie importante de la population iranienne, ce que son film montre très clairement. Cette volonté d’étendre son propos à une peinture de la misogynie qui règne en Iran sur laquelle vient se greffer cette héroïsation du tueur par une partie importante de la population conduit le réalisateur à refuser que son film soit considéré comme un film de genre dans la lignée de Seven ou de Zodiac. Cela n’empêche pas le film d’être passionnant du début jusqu’à la fin !

 

LA NUIT DU 12

de Dominik Moll

Seul la nuit, Yohan pédale sur la piste d’un vélodrome, la tête dans le guidon. Il enchaîne les tours. C’est la première image de La Nuit du 12 . Une métaphore parfaite. Une boucle infernale et sans fin. Comme l’enquête sur l’assassinat de Clara, jeune fille aspergée d’essence et brûlée vive par un homme encagoulé alors qu’elle rentrait chez elle, à Saint-Jean-de-Maurienne. Elle hante ce flic de la police judiciaire de Grenoble.

Dominik Moll et son coscénariste, Gilles Marchand (à qui on doit Grégory, l’excellente série documentaire pour Netflix sur l’affaire Grégory), ont retenu une histoire parmi d’autres dans le livre de Pauline Guéna 18.3. Une année à la PJ (Éditions Denoël), récit de douze mois en immersion dans les services de la police versaillaise. La Nuit du 12 décrit avec réalisme et minutie la vie d’un groupe uni par les heures supplémentaires, les PV à taper, les déboires conjugaux et les crimes sordides. Il rappelle les romans d’Hugues Pagan, ancien flic et meilleur auteur de polars français en activité. La distribution y est pour quelque chose. Bastien Bouillon est parfait en chef de groupe juvénile et rigoureux, mélancolique et taiseux. Bouli Lanners est tout le contraire et aussi bon. Son Marceau est un flic généreux et émotif, capable de réciter Colloque sentimental de Verlaine («Dans le vieux parc solitaire et glacé / Deux spectres ont évoqué le passé») et de moins en moins capable de garder son sang-froid. Il faudrait pouvoir citer leurs partenaires. Flics ou suspects, le temps d’une scène ou plus, ils sont tous terriblement justes et vrais.

Plus que les problèmes d’imprimante, la mort de Clara empêche de dormir Yohan et ses hommes. Les ex de la victime composent la liste des principaux suspects. Un gars du bowling où Clara travaillait, en couple et inquiet de voir son écart étalé sur la place publique («Clara, c’était pas trop mon style»). Un beau gosse du club d’escalade («Clara, c’était une sexfriend, elle était pas compliquée»). Un mec jaloux de la cité qui se prend pour un rappeur hardcore et balance sur YouTube qu’il va la cramer («Clara, c’était pas une meuf fidèle»). Un marginal dans sa cabane, peut être mythomane, certainement pas romantique («Clara, on a couché plusieurs fois ensemble»). Une grande gueule qui cogne ses copines, rencontrée sur Facebook («Clara, elle aimait mon côté animal, on baisait fort»).

Cinquante nuances de misogynie, de la plus claire à la plus foncée. Chaque interrogatoire prive un peu plus d’air le spectateur. Noue le ventre. Déchire le cœur.

Ce n’est rien à côté de la confrontation entre Yohan et Stéphanie, la meilleure amie de Clara. Les questions du flic finissent par la faire craquer. «Qu’est-ce que ça change? On dirait que je parle d’une pute. Elle s’est fait tuer parce que c’était une fille. Voilà, c’est tout.»

Les mots «féminicide» ou «masculinité toxique» ne sont jamais prononcés. Les flics ne parlent pas comme des sociologues ni des psychologues. Dans ce monde, ce sont les hommes qui luttent contre la violence d’autres hommes. Et ce sont les femmes qui ouvrent les yeux à Yohan. De beaux personnages féminins servis par de magnifiques interprètes. Stéphanie (Pauline Serieys). Nadia (Mouna Soualem), la jeune recrue, le temps d’une planque en «sous-marin» sur les lieux du crime. Et la juge d’instruction, jouée superbement par Anouk Grinberg. C’est dans son bureau que Yohan fend l’armure. «Ce qui m’a rendu dingue, c’est que tous les types qu’on a entendus auraient pu le faire. C’est quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes.»

Ce quelque chose qui cloche, La Nuit du 12 le met en scène de façon implacable. Sans forcer la noirceur du trait. Il aurait pu s’intituler Élégie pour Clara. Peu importe son titre, Dominik Moll signe le film français le plus fort de l’année.

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